Suite ! (billet précédent ici)

Donc, non sans peine, nous étions arrivés au sommet de cette barre montagneuse. Restait maintenant à redescendre, donc à retrouver le balisage une fois de plus perdu. En regardant vers où se situe en théorie ma destination, je m’aperçois que la forêt a été largement défrichée en ligne droite, en suivant la pente. Logiquement, en suivant cette avenue, on devrait tomber sur la route de la corniche des Cévennes. Bingo ! En slalomant entre les branchages morts, on débouche effectivement sur le bitume. J'ai presque envie d'embrasser le goudron, mais vu les températures, je ne tente pas l'expérience. Et coup de bol, de l'autre côté, nous tombons sur une route forestière qui, si je ne me trompe pas, nous mène assez directement à Ste Croix. Nous descendons donc allégrement cette montagne. L'heure avance toutefois, midi passe, je n'ai plus d'eau et j'imagine que Korrigan a pas mal soif également. Nous nous arrêtons aux premières maisons que nous croisons. Je fais la connaissance de Gis'aile, qui m'invite à partager sa table. Nous mettons en commun nos restes respectifs pour un véritable festin à l'ombre sur sa terrasse pendant que Korrigan broute en contrebas, complétement en confiance dans ce lieu puisqu’à aucun moment il ne brait ou cherche désespérément à savoir où je suis. Nous discutons beaucoup et facilement, je parle de mes doutes, peurs, interrogations... Elle me propose un soin au tambour chamanique. L’expérience est étonnante, et les vibrations de l'instrument résonnent en moi. Vraiment, ce fût un beau moment, merci !

L'orage menace, mais nous je me décide à repartir. La pluie commence à tombé pile au moment du départ, mais rien ne peut entamer mon moral regonflé à bloc par ces 3 heures chez la bruja de Gabriac. Korrigan n'a pas l'air du même avis, il préfère s’abriter sous les arbres. Le gros de l'averse passe rapidement, et la pluie se fait plus faible, s'arrête, repart... Nous finissons par arriver enfin à Ste Croix Vallée Française, avec un taux d'humidité un peu élevé, mais contents. Korrigan ronchonne un peu pour passer la large passerelle du village, sous les regards des habitants amusés.Finalement, ça passe, long arrêt à l'épicerie bio du village où je refais le plein de chocolat, notamment, et rencontre une partie de la "faune" écolo. Le tutoiement est direct, le contact simple, j'aime beaucoup ça.

J'obtiens les infos pour me rendre chez Mika, dont j'ai beaucoup entendu parlé ces derniers jours, et qui a créer un lieu singulier dans un vallon, tout proche du village. On me dit qu'il y a déjà du monde sur le lieu, ça tombe bien.

Encore une petite demi heure pour s'y rendre, il est déjà 17h. Oh, un obstacle ! Un superbe pont suspendu totalement artisanal d'une dizaine de mètres de long. Oula, personne ne m'a prévenu que c'était pas trop asino-compatible. Vu les difficultées qu'il m'a fait pour la passerelle du village, ça va être folklo, surtout qu'il n'y a qu'un peu plus d'un mètre de large, que le bois est trempé et donc glissant, qu'il y a des jolis interstices entre les planches, et que le pont bouge.

Korrigan passe sans problème, ben mer... alors ! On continue, ce lieu doit être magique. La suite est difficilement descriptible, je pense qu'il faut se rendre sur le lieu pour en percevoir sa magie. L'aura créatif qui se dégage de ce lieu est énorme. Nichés au bord d'une rivière, entre 2 pentes abruptes, le monde du vallon poétique s'ouvre à nous. Personne. Hormis sûrement quelques lutins qui s'amuse à me faire tourner pendant une heure dans ce lieu à la recherche de la seule cabane susceptible d'abriter une âme humaine, en cette fin d'après midi pluvieuse. Je dérape maintes fois le long des pentes escarpées, le mélange feuilles mortes - schistes est un cauchemar sous la pluie. Vaincu une fois de plus, convaincu que j'allais trouvé quelqu'un, je m’effondre sur une des chaise sous la "Tortue", lieu de vie estival du vallon.

Je tombe sur le livret d'accueil du lieu, avec un descriptif complet des constructions. Grâce à ces précieuses indications, je trouve enfin la Yeuze, cabane fantastique nichée à 30m au dessus de la rivière. Personne là bas non plus. Il est 19h, je retourne me préparer à manger à la Tortue. "Qui veut dormir dans la Yeuze y dorme", tel est une des "règles" du vallon. Personne ne m'avait prévenu que c'était un lieu d'asile, un lieu aussi ouvert au voyageur. Je m'exécute donc, et bien que fatigué, je passe encore une heure à jouer des divers instruments de la cabane : piano à queue (!), harpe... Je retrouve ma sérénnité, ce lieu magique commence à m'imprégner.

Merci à Mika et à toutes les personnes qui ont participé à la création de cet endroit.

Cela fait maintenant 5 jours que je suis ici, ça me fait un bien fou cette longue pause, d'abord en solitaire, dans le vallon poétique. J'aurai plein de choses à raconter, mes jours de solitude joyeuse, l'arrivée de Mika, le débarquement de la colo, la construction d'un barrage éphémère, mais j'en ai ma claque du PC, je n'attends qu'une chose, c'est d'aller me rafraichir à la rivière.